POUET

Mon rapport au réel me trompe en ce que je suis convaincu que, lorsque je tiens une lecture cohérente de ce que j’observe je suis sorti des tourments du chaos. Comme si le fait de mettre de la cohérence sur ce que j’observe pouvait me donner le pouvoir de m’exclure de mon observation. Comme si ma puissance intellectuelle était ma meilleure stratégie pour ne plus être surpris par l’instant.

Je peux expliquer avec cohérence le conflit guerrier. Je peux l’expliquer en utilisant une cohérence anthropologique, je peux l’expliquer en utilisant une cohérence économique ou encore une cohérence sociologique, politique et même géopolitique. Aucune de ces démonstrations de logique ne sera fausse, mais est-ce qu’elles me permettront de ne plus être en proie aux conséquences du conflit guerrier ? Est-ce qu’expliquer le conflit guerrier m’immunise moi-même d’incarner un de ses acteurs ?

Comprendre ne me dispense pas de ressentir et d’expérimenter, comprendre ne me sauve de rien, comprendre ne me prive pas de vivre.
Ma propension à croire que je ne suis pas ce que j’observe, me motive à extraire un maximum de cohérences du monde qui m’entoure, dans le but de m’affranchir de ces concepts qui ne pourraient plus me définir puisqu’ extérieur à ce que je suis par définition.
Pourtant une logique en vaut une autre, l’impossible des uns est la norme des autres, l’irrationnel des uns est la coutume des autres, le paranormal des uns est le standard des autres.

De quelle manière une démonstration cohérente selon un point de vue relatif pourrait-elle me protéger du faux ? De quelle manière ma cohérence pourrait-elle me préserver de la mécréance de celui qui se trompe puisqu’être cohérent ou non dépend de celui qui m’écoute ? Et si celui qui m’écoute n’est que moi, ne suis-je pas en train de m’illusionner comme juge et partie de ma propre cohérence ?

Ce que je lis à travers l’énergie de mon monde m’enseigne que je ne suis pas ici pour cloisonner éternellement le vrai du faux. Je ne suis pas ici pour diviser à jamais le bourreau de la victime. Je ne suis pas ici pour scléroser une cohérence définitive.

Ce monde m’enseigne qu’il est potentiellement tout et rien. Ce monde m’enseigne qu’il prend la forme qui me convient pour me montrer ce que je veux bien observer de ce que je suis. Il m’encourage à le définir dans l’instant si c’est pour accepter de le laisser disparaître l’instant suivant. Il m’enseigne que lorsque je définis l’instant, ce qui m’intéresse est ce que la forme qu’il prend me fait ressentir, le voyage qu’elle me suggère, l’adrénaline qu’elle décharge dans mes veines, la douceur qu’elle laisse sur ma peau, l’excitation qu’elle élève en ma poitrine, le vertige qu’elle fabrique sous mes pieds. Ce monde me montre que le vrai est ce qui se produit en moi, cette électricité qui fait jaillir mes larmes, cette spontanéité qui fait éclater mes rires, cette animalité qui fait bruler mon corps.

Ce monde m’offre une infinité d’états d’être à la condition que je m’en remette à lui, à condition que je cesse de lui demander d’être une chose et non son contraire.

Je ne suis pas ici pour comprendre mais pour ressentir. Lorsque je prends conscience de ce que je ressens dans l’instant, alors je sais, je comprends ce qu’il y a à embrasser de l’instant.

Categories: Textes

3 Responses so far.

  1. Lampahuile dit :

    La compréhension sublimée, qui outrepasse les barrières du mental est effectivement un amour absolu universel et inconditionnel. Le coeur est comme une fleur dont les sépales et pétales tomberaient pour donner les plus beaux fruits. Ainsi après s’être allégé de tout ce qui l’enserre il peut généreusement semer. Vivent les gens qui sèment, les gens qui s’aiment

  2. katia dit :

    Merci Romain tu fais danser les mots et cela nous aide à mieux connaître cet être qui nous habite 🌺

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