POUET

Bonjour Nanou,

Cette nuit j’ai entendu la demande du petit garçon de 5 ans. Cette nuit je suis maintenant suffisamment un homme pour choisir d’exprimer ce que je ressens à ce sujet.

Le Romain de 5 ans souhaite te dire que les enfants n’ont pas moins de valeur que les adultes. Il souhaite te dire que les enfants apportent tout autant à ce monde que les adultes. Il souhaite te dire que lorsque les adultes ne réalisent pas qu’ils utilisent les enfants pour expier leurs peurs, leurs colères, leurs névroses, alors les adultes que ces enfants deviennent sont fracturés dès leur enfance.

Les Romain de 5, 6, 7, 8 et 9 ans n’ont pas oublié les humiliations. Ils n’ont pas oublié les petites humiliations du quotidien comme celles qui s’apparentent à des sévices.

Je n’ai pas oublié Nanou. Je vis avec chaque jour. J’ai passé toutes ces années à croire qu’il avait été normal et légitime d’être traité de cette manière. J’ai passé toutes ces années à croire que j’étais un bon à rien, un futur bureaucrate insignifiant. J’ai passé toutes ces années à fuir les femmes qui m’aimaient et à aimer celles qui me torturaient.

Tu n’as bien entendu pas été la seule à composer ce monde mais tu as fait ta part.

Aujourd’hui je peux moi-même aimer et prendre soin de ces petits garçons. Aujourd’hui nous apprenons à aimer. Nous apprenons à être aimé. Nous apprenons à nous respecter. Ils m’apprennent à me souvenir du génie qui vit en moi. Je leur apprends à respecter leur sensibilité, à ne plus cacher leur fragilité, leur tendresse et leur beauté.

C’est pour ces raisons que tu n’as plus de mes nouvelles ces dernières années. Cette réalité du passé devenant de plus en plus présente, je ne pouvais plus et je ne voulais plus l’ignorer.

Aujourd’hui je te pardonne. Je n’ai plus besoin de toi pour savoir qui je suis.

Ces petits garçons veulent aussi te dire que tu es belle. Ils savent que tu les as aimés comme tu as pu. Ils t’ont aimé et ils t’aimeront toujours.

A bientôt

Categories: Textes

One Response so far.

  1. paul dit :

    « J’ai passé toutes ces années à fuir les femmes qui m’aimaient et à aimer celles qui me torturaient. »

    Merci. Ça passe bien.

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