POUET

La blague ! C’est toujours où ça nous arrange et quand ça nous arrange. Nous sommes bons pour épiloguer, écrire, réaliser sur ceux qui incarnent le mal. Nous sommes bons pour nous faire croire que nous pouvons nous extraire d’un phénomène observé puisque nous l’observons. Conneries, auto-escroquerie, nous sommes fascinés par ce mal. Ce mal nous appelle. Ces parts refoulées, ces parts niées hurlent en nous comme des enfants appelleraient leurs parents. Ces génies du mal nous fascinent et/ou nous dégouttent car ils sont nous. Ils sont nos petits comportements quotidiens. Ils sont notre bonne conscience généreuse qui nie les massacres que nous engendrons. Ils sont les paradoxes qui nous caractérisent et qui remontent lentement à la surface.

Nous ne passerons pas à côté. Nous ne voulons plus passer à côté.

Les temps modernes ont effrité l’espoir d’un monde meilleur. Ils ont rendu à l’humain un de ces pouvoirs les plus puissants : l’auto-détermination. Mais la gueule de bois est dure. Il est dur de se réveiller de siècles, de vies, de millénaires d’esclavage énergétique. L’avantage de la posture de l’esclave est qu’il est accroché à la réalité du maître. Lorsque le maître vendait un monde meilleur pour demain, l’esclave pouvait s’appuyer sur ce doux espoirs et vaquer aux ordres du maître.

Différentes religions, différentes idéologies, différentes philosophies ont servi directement et/ou indirectement à vendre et créer cette illusion collective : « Ce que tu es est sale, dangereux, pervers, vicieux, inadapté ! Tu ne peux te faire confiance. Tu ne peux croire en toi humain dégénéré que tu es ! Il te faut te plier à changer. Il te faut devenir. Il te faut te cacher. Alors peut-être tu auras droit de mourir et éventuellement de vivre ».

Ne soyons pas méprisant à l’égard de ceux qui se sont positionnés en maître.

« Vous avez cru jusqu’à ce jour qu’il y avait des tyrans ? Eh bien ! Vous vous êtes trompés, il n’y a que des esclaves : là où nul n’obéit, personne ne commande. »

Anselme Bellegarrigue

Lorsque nous ne prenons pas nos responsabilités, lorsque nous ne voulons pas nous retrouver devant nous, prendre le risque de réaliser ce qui vit en nous ; alors le flux énergétique trouve son chemin et d’autres l’utilisent. Ils l’utilisent un peu comme si nous leur demandions. Une analogie juste est celle de l’enfant qui pousse l’adulte à lui montrer les limites, à définir le cadre acceptable, la norme, le bien.

Nous nous réveillons donc de ce long sommeil, de ce coma, de cette hallucination et la descente est douloureuse. La gueule de bois est profonde. Personne ne m’aime. Je n’aime personne. Je n’aime que moi et je serai toujours seul. Cette réalité claque, elle brise, elle tiraille. L’envie de se rendormir est forte et les multiples tentatives aboutissent au même réveil perpétuel.

Et oui je suis un escroc. Mais le pire des escrocs. Celui qui s’est escroqué lui-même. Celui qui a cru à ses mensonges. Celui qui a cru pouvoir séduire. Celui qui a cru pouvoir traverser la vie sans se rencontrer. J’y suis même arrivé. Des milliers de vies durant j’ai réussi à me cacher mais celle-là est arrivée.

La chrysalide est solide. M’en extirper est épuisant. Mais je sens mes ailes. Je sens mes forces. Les airs m’appellent. Le parfum des fleurs me galvanise. Ce n’est qu’une question de foi. Ce n’est qu’une question de temps. Et je ne manque ni de l’un ni de l’autre.

La conjoncture présente a cela d’effrayant que les maîtres manquent. Les maîtres restants ne savent plus nous inspirer. Leurs histoires ne nous endorment plus. Leur vide nous accable. Les illusions manquent. Nous sommes à court de fantasme collectif et le présent est intense. Il ne pardonne pas. Les journées enseignent milles livres en quelques heures et nos expérimentations imposent des enseignements sans concession.

Mais n’est-ce pas la réponse à nos prières ? Combien de générations ont souhaité l’auto-détermination des peuples, l’auto-détermination des êtres ? Combien d’yeux se sont fermés pour murmurer leur soif de liberté ? Combien de parents ont hurlé et prié devant l’engrenage macabre des sectes nationales ? Combien d’enfants sont restés vides de silence devant un manque inexprimable et pourtant si présent, celui de ne pas être reconnu ? Combien d’adulescents ont erré des décennies durant arpentant la société à la recherche de papa et de maman ? Combien de larmes ont demandé l’amour ? Combien de genoux ont foulé le sol, fatigués des combats ?

Nous sommes exaucés ! Les maîtres ne sont plus. Le monde moderne offre un terrain d’expression qui ne craint plus l’auto-détermination. Le rapport entre ton rêve et sa matérialisation n’a jamais été aussi rapide. Mais devant ce jouet souhaité depuis des siècles nous sommes comme des enfants devant le vélo espéré depuis des semaines : Génial je l’ai ! Mais merde, vais-je savoir l’utiliser ?! Et pour aller où ?! Je veux quoi pour moi en fait ?!

L’esclave n’a pas à chercher en lui ce qu’il souhaite vivre. Il n’a pas à écouter en lui ce qu’il souhaite créer. L’esclave n’a pas à choisir. Il écoute la jolie histoire. Il se berce de jolis espoirs et il retourne faire ce qu’on lui demande.

On ne nous demande plus rien. Le sens n’est plus. Il n’est plus possible de maintenir un sens sans être touché par la vérité égale de son contre sens. La planète à autant besoin d’être sauvée par nous que nous avons besoin d’être sauvé par nos morpions. Nos enfants n’ont jamais fait ce qu’on leur demandait. Ils ont fait ce que nous faisons mais en mieux. La course au progrès technique ne suscite pas la jouissance promise. Bref c’est la merde. Nous avons de plus en plus de mal à ne pas nous occuper de nous.

Mais nous résistons bien et tant mieux ! Pourtant c’est bien le fruit de nos prières qui nous est offert :

« Voilà un monde qui n’a pas d’autre sens que celui que tu veux lui donner. Alors amuse toi, vis, sois ! Et ne sois pas inquiet je suis là. Je serais toujours là pour t’offrir le supplément d’âme nécessaire lorsque devant ton choix tu hésiteras, lorsque devant ton rêve tu douteras ! »

Cela nous amène à la manipulation. Posons tout de suite que nous ne savons pas ne pas manipuler. Ce que nous sommes est influence. Ce que nous sommes influence de grès ou de force. Chacune de mes inspirations et expirations modifient, influencent, manipulent l’équilibre gazeux de mon environnement. Ma présence, et ce sans intention consciente modifie, influence, manipule les êtres qui partagent mon environnement. Il ne peut en être autrement puisque je transpire ce que je suis. Je transpire ce qui m’habite. Je transpire ce que je choisis (consciemment ou non…). Je peux d’ailleurs remercier ce mécanisme. C’est à travers lui que je navigue. C’est lui qui me permet de rencontrer et de me lier à ceux qui souhaitent jouer avec moi. C’est grâce à lui que j’éloigne ceux avec qui je n’ai pas envie de jouer.

L’équation humaine que je suis transpire en permanence de son envie. Au moins au niveau inconscient nos êtres dealent en permanence en fonction de nos aspirations engendrant rencontres et circonstances. Lorsque je refuse de reconnaître ma capacité à manipuler je continue de manipuler mais inconsciemment. C’est une recette plutôt efficace pour choisir d’être victime des autres et de ma vie. Mais puisque les victimes sont les gentils je devrais pouvoir me satisfaire de cette aumône.

La souveraineté réside entre autre dans la capacité à reconnaître son désir et à utiliser son pouvoir de manipulation pour aller vers lui. Si sur le papier le mécanisme semble simple, en pratique il demande une auto-détermination suffisamment puissante pour s’écouter Soi, anoblir et exprimer ce qui vie en Soi au-delà de toute morale ou bienséance. Et là on touche ce qui fait trembler le corps émotionnel : si je détruis je serai seul pour l’éternité. Oui lorsque je m’exprime à partir de moi je renvoie à leur réaction ceux que je n’inspire pas. Je peux les renvoyer à du désintérêt comme à un puissant rejet. Mais l’autre côté de la pièce est que lorsque je m’exprime à partir de moi je préviens ceux que j’inspire que je veux jouer avec eux. Alors j’allume la balise qui signale le jeu auquel j’ai envie de jouer et ceux que cela intéresse s’approchent quand les autres s’éloignent.

Plus j’accepte de produire de répulsion, plus j’accepte de produire d’attraction. Observe les êtres charismatiques qui nous ont inspiré. En sortant du bois et en exprimant ce qui vit en eux ils ont autant été décriés, insultés et méprisés qu’ils ont été encensés, aimés et admirés. Et sans qu’ils soient insensibles à ces réactions, elles n’étaient plus des points de repères pour être. Le flux de vie en eux ne cherchait plus l’admiration ou la provocation. Il se voulait tel qu’il est : aussi obscur que lumineux, aussi inspirant que repoussant. Il se voulait libre d’être interprété à la guise de la conscience qui l’observe.

Arrêtons de nommer « respect » notre propension à ne pas vouloir mettre l’autre en face de ce qu’il est à nos yeux. Arrêtons de nommer « respect » notre volonté de ne pas rencontrer l’autre, notre tentative de ne pas être chamboulé, brisé, déchiqueté, fécondé par l’autre…

Arrêtons de nous respecter. Rencontrons-nous pour le meilleur et pour le pire !

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