POUET
 
Ce que tu perçois, ce que tu comprends n’est jamais vrai. Ce que tu perçois est une source d’inspiration, une invitation à jouer, une invitation à prendre le chemin. Mais jamais tu ne touches l’info qui te préserve pour l’éternité. Jamais tu ne te protègeras de la terreur. Jamais tu ne te protègeras de l’émerveillement. Jamais tu ne te protègeras de la surprise.
 
Tu te comportes comme un rat de bibliothèque persuadé que lire les bouquins, comprendre les théories fait de toi l’écrivain, fait de toi le maître.
 
Les bouquins inspirent mais ils mentent. C’est le cadeau qu’ils t’offrent. Ils t’offrent d’exciter ton désir de jouer. Ils mentent sur ce que le jeu te réserve pour te garantir la surprise.
 
Tu as défriché un accès à la mémoire du vivant. Tu as accès aux tutos d’internet. Mais quelle technique vas-tu choisir d’expérimenter ? Pour faire quoi ? Pour aller où ?
 
« Le danger » est le gardien que tu invoques pour douter de toi. Tu invoques ce symbole dans ta scène dans le but de freiner, de réprimer le petit garçon qui rêve, le petit garçon qui vit, le petit garçon qui s’amuse terriblement. Tu viens à son oreille lui rappeler qu’il n’a pas le droit de vivre pour lui, qu’il ne peut s’amuser gratuitement mais qu’il doit devenir, qu’il doit servir un être, une idée plus grande que lui. Tu lui rappelles qu’il y a le bien et le mal, qu’il n’est pas suffisamment responsable pour les discerner et donc qu’il doit se conformer.
 
Vivre n’est pas dangereux. Mourir n’est pas dangereux. Ce que tu ressens n’est pas dangereux. Ce que tu ressens est ce que tu ressens. Tu pourras invoquer tous les gardiens que tu veux pour t’interdire d’en profiter, cela n’enlèvera rien à la réalité de tes terreurs comme à la réalité de tes merveilles.
Oui tu as peur. Tu es perdu. Tu ne sais pas où tu vas. Combien de fois as-tu pourtant marché dans ce brouillard ? Combien de fois as-tu joui de l’aventure réservée par l’inconnu ?
 
Rien n’a changé. Tu marches toujours dans le noir. Ce qui a changé c’est que tu sais aujourd’hui que tu sais marcher dans le brouillard. Ce qui a changé c’est que tu sais aujourd’hui que tu peux t’écouter, te faire confiance et que les yeux fermés tu sais te guider vers tes rêves les plus insoupçonnés.
 
C’est confortable de refaire le monde au port en rêvassant à ta prochaine régate. Seulement à force de demander aux autres si tu seras capable de prendre la mer tu finiras par ne jamais quitter le port.
 
Ce voyage est une aventure solitaire. Cette aventure tu es seul à en dessiner les contours. Tu es seul à ressentir ce qu’elle t’offre, tu es seul à rêver la destination vers laquelle elle te mène. Personne d’autre que toi ne peut prendre soin et honorer l’intensité qui te traverse. Personne d’autre que toi ne peut prendre soin des merveilles qui jaillissent en toi. Nous sommes heureux de partager certaines étapes du voyage en ta compagnie, mais c’est un heureux concours de circonstances et non un but.
 
Si pour rester près de moi tu refrènes ta pulsion de vie, je finirais par devenir à tes yeux le diable en personne. Je deviendrai le symbole de la mort de ton désir. Le symbole de la mort de ta sensualité. A chaque fois que tu te refrènes pour nous convenir tu te massacres.
 
Nous ne sommes pas dans ton lit lorsque seul tu ne peux fermer l’œil. Nous ne sommes pas dans ton cœur lorsque seul tu pleures le manque, tu pleures l’abandon, tu pleures l’amnésie. Mais nous devrions te dire ce que tu devrais ressentir ou être ? Arrête les conneries. Ecoute-toi, tu es digne, ce que tu ressens est ton cadeau. Tu es seul à pouvoir embrasser ton abîme comme tes sommets.
Categories: Textes

One Response so far.

  1. lampahuile dit :

    Rien n’est plus propice à la chute que le néant, mais aussi à la découverte. La question est certainement autre chose qu’une invocation, elle dérange car elle renvoie à la réponse de celui qui se la pose ? Alors : Sommes nous libre de nous la péter ? ;-)))

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