POUET
 
 
« J’espère », comme pour t’assurer que je ne serai pas toujours un bon à rien. « Je prétends » comme pour te garantir que malgré ma médiocrité il faut aussi que tu regardes le génie qui danse derrière mon effroi. J’entretiens artificiellement mon appétit comme pour te prier de ne pas trébucher sur mes silences.
 
Le mépris est-il si dangereux ? L’insignifiance est-elle si risquée ? T’interdire le désintérêt au prix d’épuisantes bouffonneries ne m’amuse plus !
 
Nous avons signé un contrat. Je t’avais promis de te divertir. Je t’avais promis de te sauver de tes silences. Je t’avais promis qu’à mes cotés tu ne risquais pas de sentir l’angoisse de ton vide.
 
J’ai menti. Ou plutôt je t’ai utilisée pour ne pas visiter mes vides. J’avais très peur de mon apathie. Je résistais de toutes mes forces à ma petitesse. Je me suis vendu. Je t’ai vendu qu’il nous était possible de cheminer sans angoisse, sans non-sens, sans folie.
 
J’ai grandi. Ceux à qui j’ai libéré la parole en moi m’ont enseigné. Ils m’ont raconté comme ce que je fuyais pouvait être source de jouissance. Ils m’ont accompagné à la rencontre de mon vide. Ils me montrent chaque jour comme mon inconsistance cache un univers fécond, fertile et délicieux. Ils me montrent comme ressentir, visiter et caresser l’impuissance inspire une puissance que je ne pouvais imaginer.
 
Je choisis de rompre notre contrat. Je fais la connaissance d’une telle lumière dans mon obscurité que pour rien au monde je ne veux jouer le gardien qui te protège de la tienne. Je sais que tu m’as utilisé. Je sais que tu m’as mentis. Je sais que ma naïveté était un merveilleux prétexte pour demander à être escroqué.
 
Je ne sais pas où je vais. Mais putain que j’aime là où je suis. Putain que l’intensité de mes angoisses est de plus en plus délicieuse. Putain que le goût de mes doutes m’enseigne le présent. Plus je t’abandonne et plus je te retrouve. Plus je t’abandonne et plus tu vis en moi comme jamais. Plus je reconnais que je n’ai pas besoin de toi et plus je me suffis comme il me semblait immoral de pouvoir le ressentir.
 
Mes silences me guident vers des contrées que je ne comprends pas toujours. Mon vide m’attire vers des profondeurs qui me sont inconnues. Dans ces endroits je ne peux rien pour toi. Dans ces endroits tu ne peux rien pour moi. Je suis seul. Seul devant moi. Seul devant ma foi. Seul devant ce que je m’autorise à vouloir pour moi.
 
Miraculeusement j’ai découvert qu’en ces endroits je suis toi. Je suis connecté à toi en moi. Je peux m’adresser à moi en toi. Au début c’était déroutant pour ne pas dire effrayant. A force de me faire confiance et de te parler à moi ; nous nous rencontrons comme je ne savais pas qu’il était possible. Nous dansons une danse que je ne connais pas. Une danse vertigineuse et sacrée. Comme toute initiation cette déroute est une aventure. Comme si j’abandonnais à chaque instant feignant et peureux devant l’engagement exigé ; tout en remontant en selle l’instant suivant. J’y crois autant que je n’y crois pas. Je m’y abandonne autant que j’y résiste.
 
Ceux qui me guident lors de ces voyages m’ont susurré des enseignements que je souhaite t’offrir :
Et si je ne pouvais échapper à mon trésor ! Et si, quoi que je fasse je n’avais aucun pouvoir quant à l’épanouissement de mes rêves ! Et si, me délecter de l’obscurité de mes nuits d’angoisses ne savait pas retarder l’avènement des premiers rayons de soleil ! Et si apprécier, ressentir et me laisser posséder par mon malheur n’avait pas le pouvoir de me faire échapper à mon bonheur ?
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