POUET
 
 
Ça veut dire quoi mourir ? Qu’est-ce qui meurt ? Qui est-ce qui meurt ? Que se passe-t-il lorsque je meurs ?
On va répondre à ces questions.
 
Ce que tu es a toujours été et sera toujours. Ce qui tu sais être dépend de ce dont tu te souviens de ce que tu es. En fonction de ce que tu sais être, ce que tu expérimentes de qui tu es peut-être très différent. Pourtant rien de ce que tu es ne disparaît jamais. Ce que tu sais faire c’est voyager sur différents plans, différents niveaux de perception de ce que tu es. Si aucun de ces plans ne disparaît jamais, lorsque ton voyage te mène vers de nouvelles contrées, les anciens décors de ton chemin ne sont plus. Les anciens décors n’ont plus de sens. S’ils vivent en toi et recèlent d’instants gravés pour l’éternité, tu n’as plus rien à y faire.
 
Souviens-toi de ces rêves dans lesquels tu avais conscience d’être toi. Tu ne savais pas que tu rêvais mais tu savais que tu étais toi. Dans ces rêves tu as vécu des scènes, des situations. Tu t’es comporté, tu as posé des actions, tu as observé et raisonné avec l’environnement que tu percevais. Et puis le rêve s’est achevé et tu t’es réveillé. En reprenant conscience de qui tu es ici tu as pris conscience d’un décalage. Tu savais que tu étais toi dans ton rêve mais un « toi » plus « restreint » que celui que tu sais être à ton réveil. Cet état de « toi » plus « restreint » tu le sens lorsque tu te souviens de la manière dont tu t’es comporté dans ton rêve. Tu le sais parce que la conscience de toi qui réapparaît à ton réveil ne penserait pas et ne réagirait pas de la même manière confrontée à des situations semblables à celles expérimentées dans ton rêve.
 
Dans ton rêve tu étais bien toi. A ton réveil tu es bien toi. Ces deux états de ce qu’est être toi te donnent une idée de ce qu’est mourir. Lorsque tu meurs tu te réveilles à un état de toi qui n’est pas moins toi que ce que tu sais être maintenant, mais qui est moins restreint que ce que tu perçois être toi maintenant.
 
Lorsque tu te souviens du « toi » de ton rêve tu peux comprendre, ressentir et observer les limites de sa compréhension. Ce que tu es présentement ne se comporterait pas de la même manière mais tu comprends les limites de son état de conscience qui justifient qu’il aborde son environnement à la manière dont tu l’as expérimenté dans ton rêve.
 
Nous touchons là une manière d’observer le sens de l’incarnation. Pour que cette scène puisse exister dans ton rêve ; pour que tu puisses goûter à l’état d’être, au ressenti que l’expérience de ton rêve t’a offerte, il te fallait expérimenter une version de toi plus restreinte. Tu ne pouvais créer une telle expérience ici puisque la conscience que tu as de qui tu es ici n’aurait jamais eu l’idée de se comporter de la même manière.
 
A la fois le « toi » de ton rêve est mort à ton réveil. En te souvenant de toi plus largement cela n’avait plus aucun sens de te réduire au « toi » de ton rêve. A la fois le « toi » de ton rêve vit en toi. Te glisser dans sa peau, oublier ce que tu es plus largement t’a permis d’expérimenter ce que tu ne sais pas ressentir ici. Pour ce à quoi le « toi » de ton rêve s’identifie, la réalité de l’identité qu’il était persuadé d’incarner est bien morte à ton réveil. En te souvenant de ton identité plus large, l’identité de ton « toi » du rêve est devenue obsolète. Elle s’est naturellement dissoute.
 
Lorsque tu meurs ici le même processus se produit. Tu te réveilles à un « toi » qui a une conscience bien plus large de ce que tu es. Ce « toi » ne peut goûter ce qu’il est à travers toi qu’en oubliant une part de ce qu’il sait être. En plongeant dans ta peau il s’offre de vivre une vérité qui n’existe pas chez lui. Lorsque toi tu te réveilles dans sa peau, la vérité que tu expérimentes présentement devient désuète, elle se décompose naturellement.
 
Pour te donner une idée, lorsque tu te réveilles et que tu te souviens que tu as choisi d’entrer dans le jeu; que tu te souviens que tous ceux que tu as aimés et détestés dans le jeu sont aussi des joueurs qui existent sur ce nouveau plan et que vous aviez choisi ensemble de vous retrouver à l’intérieur du jeu. Lorsque tu te souviens que les ingrédients « danger », « insécurité » et « douleur » étaient des paramètres, une manière d’expérimenter des états qui ne te sont pas accessibles là où ta souveraineté t’octroie une puissance bien moins limitée. Alors l’être que tu as incarné n’est plus. Ce qui faisait les limites de son monde, ce qui paramétrait ses perceptions, ce qui orchestrait et stimulait ses attractions comme ses répulsions n’est plus. L’identité de cet être n’est plus. Il vit en toi. Il est une part de toi. Il s’est souvenu de toi. Il a retrouvé son dieu en se retrouvant lui-même. Il s’est souvenu. Tu t’es réveillé. Tu peux le sentir te sourire. Tu peux sentir l’amour qu’il te porte. Tu peux sentir la paix qu’il ressent en te sentant près de lui. Mais votre aventure à pris une nouvelle dimension. Ce que tu es n’est plus lui. Ce que tu es est lui et bien plus. Ce qui fait de toi quelqu’un de bien différent.
 
Plus « matériellement », mourir n’est pas nécessairement lié à la disparition du corps physique mais plus à la conscience que tu as de qui tu es. Ce que nous appelons les fantômes sont les rêveurs qui ne veulent pas se réveiller. Les rêveurs qui ne veulent pas se souvenir.
 
A la manière d’une dépression, ce mouvement permet d’entrer en contact avec un état qui finira tôt ou tard par libérer les ressources nécessaires à la suite de l’aventure. Tant que tu ne prends pas conscience de ta souveraineté dans ta capacité à créer ta dépression pour le meilleur, alors tu déprimes. Tu te vis en victime de tout ce qui te passe sous la main. Les fantômes dont on dit qu’ils sont coincés entre deux mondes expérimentent le même choix. Se vivre victime de leur création. Attendre de trouver la lumière en eux, lumière qui leur fera se souvenir de leur souveraineté.
 
A la manière dont tu éclaires l’autre par l’amour que tu lui portes. A la manière dont tu influences celui qui est en dépression par la sincérité que tu lui offres ; ceux qui perçoivent ces fantômes peuvent leur montrer la lumière par la sincérité et l’amour qu’ils leurs témoignent.
 
Aucun raccourci n’est possible ici. Aucun passage secret ne permet de traverser la vie sans assumer, honorer et reconnaître soi-même ce que nous sommes. Personne ne peut t’aimer à ta place. Personne ne peut te respecter à ta place. Personne ne peut vivre ta vie à ta place. Si l’évidence pourrait nous renvoyer à la satisfaction de cette réalité « je ne veux évidemment que personne ne vive ma vie à ma place », cela implique que je ne pourrai pas me fuir. Je ne pourrai pas me mentir. Ce que je suis, ce que je tente de cacher, ce que je tente de nier, je ne pourrai l’enfouir éternellement.
 
Aucune voie ne m’offrira le malheur de vivre sans goûter du terrible au merveilleux que je suis.
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