POUET
 
 
Il y a ce que l’on dit de l’humain, de la société, du monde et de la vérité. Et il y a ce que chacun d’entre nous vit dans son corps et son cœur.
 
Il y a ce que l’on dit de la partialité de notre justice, de son injustice, de ses conflits d’intérêts, de la manière dont elle laisse sur le carreau les plus démunis au profit des plus puissants. Et il y a ces juges et ces avocats avec lesquels je travaille. Ces femmes et ces hommes qui se savent imparfaits, se remettent en question, offrent ce qu’ils ont pour nous donner et se donner le meilleur de ce qu’ils sont.
 
Il y a ce que l’on dit de notre système d’éducation. Ses tendances à uniformiser et briser la créativité des enfants que nous sommes. Et il y a ceux que je rencontre, ces professeurs, ces surveillants, ces formateurs, ces entrepreneurs qui administrent leurs sociétés tout en enseignant leur expérience dans nos écoles ; ces hommes et ces femmes qui embrassent nos enfants. Ces intervenants qui ne cherchent plus à s’éloigner de nos enfants au prétexte de leurs imperfections mais qui acceptent de se reconnaître en eux, de leur offrir l’idée, le germe du droit à vivre le rêve qui brûle en eux.
 
Il y a ce que l’on dit de l’enfer carcéral. Et Il y a ce maton qui s’est confié. Cet homme qui surfe sur la réglementation pour que ses détenus entretiennent l’espoir de jours meilleurs. Cet homme qui n’est pas certain du sens de sa fonction mais qui vit, donne et aime comme il peut là où son aventure le mène.
 
Il y a ce que l’on dit des gourous, du développement personnel et des communicants qui profitent de ce marché pour faire de l’argent facile. Et il y a cette formatrice chevronnée en développement personnel qui s’est laissée bousculer. Cette femme qui met son cœur et son être au service de sa création, se remet en question et transcende les limites de l’enseignement de ses maîtres. Elle qui était bardée de diplômes et de titres en tous genres reconnaît aujourd’hui qu’aucun morceau de papier ne lui enseignera comment aimer. Elle qui se souvient que l’amour qui anime ses activités se suffit en Soi. Elle qui accepte de devenir son propre maître, d’inventer puis de réinventer les voyages qu’elle offre à ceux qui choisissent de lui faire confiance.
 
Il y a ce que l’on dit de la misère affective, elle qui serait un cancer mortel de notre société. Et il y a cette jeune femme qui effrayée à l’idée de mal faire s’était mutilée, elle qui ne savait plus comment et pourquoi aimer. Cette femme qui accepte de se relever, de laisser « les autres » penser ce qu’ils souhaitent pour enfin vivre et nous offrir la manipulatrice flamboyante qu’elle est. Cette femme qui en quelques heures parmi nous s’est autorisée à aimer et embrasser comme elle n’imaginait pas savoir le faire.
 
Il y a ce que l’on dit de la parentalité, du fardeau, de la responsabilité et de notre incapacité à élever nos enfants comme il le faudrait. Et Il y a cette puissante maman, aussi fragile que charismatique. Cette femme splendide qui ne savait voir que de la honte à son miroir. Cette femme qui accepte de regarder comme elle a tenté de retenir ses petits au prix de les rendre coupables d’avoir envie de vivre leur propre vie. Cette femme qui lâche sa sécurité de fonctionnaire pour aller vers son rêve de petite fille, son rêve d’artiste. Sans aucune garantie de réussite, ni de sécurité, elle découvre l’exigence jouissive qui dormait en elle. Elle apprend à se rendre heureuse et découvre le miracle d’être celle qui enseigne par l’exemple le courage d’être heureux.
 
Il y a ce que l’on dit des accompagnants, thérapeutes, shamans, médiums, clairvoyants et autres charlatans. Et il y a cet homme brisé. Aussi attirant qu’effrayant qui avait fait de sa férocité une arme de répulsion massive. Cet homme qui accepte de perde et de déposer les armes. Cet homme qui choisit d’aller là où il se l’était toujours interdit, à l’endroit où il ne peut plus sauver ni prendre soin de personne. A l’endroit où la vie le dépasse, à l’endroit où l’instant prend une terrible puissance, à l’endroit où la conscience du vide rend le présent aussi délicieux que terrifiant. Cet homme qui accepte de mettre sa puissance au service de son bonheur et se reconnaît magicien. Cet homme qui inspire, embrasse, mort et anime ceux qui lui offrent leur confiance. Cet homme qui m’a tendu la main sans jamais me faire croire qu’il marcherait à ma place. Cet homme qui m’a appris à reconnaître que l’amour vit en moi, que j’en suis le seul gardien, le seul protecteur, le seul souverain.
 
Il y a ce médecin qui après des décennies de pratique remet en question son savoir et accepte de regarder la guérison et la maladie sous un angle qui rend leur noblesse aux polarités qui animent notre univers.
 
Il y a cette adolescente qui a été abusée, cette adolescente qui ne veut plus se morfondre ; alors elle assume, elle pleure, demande de l’aide et sans s’en rendre compte devient celle qui ne ferme plus les yeux sur l’horrible et le merveilleux de ce qui vit en elle.
 
Il y a cet homme qui se débat depuis des décennies avec sa dépendance affective. Cet homme qui se sent handicapé, incapable, comme ayant loupé le train qui devait être le sien il y a 40 ans. Cet homme qui tout en vendant sa posture de victime perdue offre l’opportunité de vivre leur rêve à ceux qui croisent son chemin.
 
Il y a cette maman qui sait qu’elle ne comprend pas son fils et que quoi qu’elle fasse ce gamin a toujours fait comme il lui plait. Cette maman qui accepte de lui faire confiance sans le comprendre. Cette maman qui apprend à respirer pour elle et à le laisser vivre pour lui.
 
Il y a cette sœur qui a été abandonnée par son frère, cette sœur qui ne sait plus comment lui dire « je t’aime » mais qui transpire cette admiration pour celui qui sera toujours son inspiration. Il y a ce frère que ne comprend pas comme il a pu passer à côté de la beauté de celle qui a grandi à ses côtés. Ce frère qui ne sait pas de quelle manière, mais qui sait qu’il lui fera sentir que jamais elle n’a disparu de son cœur.
 
Il y a cet homme effrayé par les femmes. Cet homme qui préfère les effrayer plutôt que de les laisser l’aimer. Cet homme qui se regarde et pleure ses pulsions autodestructrices, cet homme qui ne sait pas comment, mais qui sait qu’il en laissera une s’approcher, qu’il la laissera embrasser cet instinct qui le rend puissant et fragile.
 
Il y a ce papa qui a accepté toutes les tribulations de son fils. Ce papa qui s’est laissé chambouler, insulté, torturé par son fils. Ce papa qui s’est laissé inspirer et transcender par son fils. Lui qui a laissé son fils le changer comme il n’aurait laissé personne d’autre le faire. Ce papa qui a découvert que malgré ses doutes il sait aujourd’hui que quoi qu’advienne son fils, jamais l’amour qui les lie ne fera d’eux des ennemis.
 
Il y a moi qui crois, qui vend du rêve du fin fond de mon cauchemar, qui vend de la foi du fin fond de mes dépendances, ce gamin qui fait naître chez les autres ce qu’il s’offre sans comprendre, qui accepte le pire, s’offre le meilleur, s’effondre et renaît à chaque instant. Ce gamin qui a décidé que l’amour est son maître pour cette aventure terrestre.
 
Il y a toi qui me prends la main et me laisse te faire visiter mon monde.
Il y a nous qui découvrons que l’amour sait se conjuguer sous des formes qui en semblaient déniées.
 
Ces gens n’ont rien d’exceptionnel. Ces gens sont nous. Ces gens sont le monde. Le monde est sincère. Les humains apprennent et grandissent. Les humains se découvrent et réinventent ce qu’ils veulent s’offrir. Chacun des humains de ce monde porte un rêve. Nous mettons au monde nos rêves en vivant simplement ce que nous sommes. Tu n’as pas à comprendre ce monde mais à ne jamais oublier que nous sommes les mêmes que toi. Nous ne trichons pas. Nous faisons du mieux que nous pouvons. Nous sommes bien le terreau d’un monde à venir plus extraordinaire que tu ne pourrais l’imaginer.
Ne t’occupe pas du monde, occupe-toi de ton bonheur. Laisse-nous trouver le chemin vers le nôtre même si pour le défricher il nous faut passer par des aventures que tu ne comprends pas.
 
Si tu es capable d’offrir ton amour c’est que chacun d’entre nous en est capable. Si tu es capable de changer la vie de celui qui te rencontre c’est que nous le faisons aussi. Si tu es capable d’inventer, de repousser les limites et de faire exister la beauté qui danse dans ton ventre c’est que nous le faisons aussi.
Tu n’es pas exceptionnel. L’exceptionnel qui t’anime étincelle aussi l’audace de nos créations. Ce que tu es, ce que tu t’offres nous nous l’offrons aussi. Continue de soigner, de chérir et d’embrasser ton jardin et n’ai aucun doute sur le fait que nous aussi nous cajolons le nôtre.
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