POUET
 
 
Les Hommes mentent, salissent, construisent, embrassent, abusent, volent et créent.
 
Les Hommes se racontent, ils se rassurent, se justifient, se mystifient, se ridiculisent et se réinventent.
 
Les Hommes apprennent, réalisent, se transforment et se transcendent.
 
Les Hommes ont peur de se voir, de se regarder, de se contempler, de reconnaître le vide qui les caractérise.
 
Les Hommes viennent de nulle part et ne vont nulle part. Ils sont amnésiques, perdus dans une réalité sans sens ni but.
 
Alors les Hommes inventent, ils imaginent, créent et deviennent. Ils matérialisent leurs rêves, ils densifient leur imagination en la faisant réalité. Ils transpirent d’une magie bien trop belle pour être vrai. Les Hommes se préfèrent hideux, abandonnés, dégénérant sur un bout de cailloux en putréfaction.
 
Leur divine beauté leur offre de s’inventer moches. Leur divine folie leur offre de s’inventer saints. Leur grâce leur offre de se vivre médiocres.
 
Les Hommes sont otages récalcitrants d’une divine machination qu’ils aiment à fustiger. Ils se fuient pour se trouver, ils s’éloignent pour se rapprocher et grognent pour aimer.
 
Les Hommes s’inventent un monde, un au-delà d’ici et maintenant, un autre endroit que celui qui est perceptible maintenant en toi et autour de toi.
 
Pourtant rien d’autre n’existe. Ce qui se produit dans le monde ne te regarde pas. Les Hommes qui s’entretuent ne te regardent pas, les Hommes qui font l’amour ne te regardent pas. Les Hommes qui meurent ne te regardent pas, les Hommes qui naissent ne te regardent pas.
 
Ce monde n’a pas besoin de toi. C’est ta plus grande bouffée d’oxygène. Ce monde t’emmène en voyage pour ton plaisir et non pour le sien. Lui sait faire sans toi. Tu tentes de le séduire quand lui ne te propose que de t’amuser dans les contrées qu’il te fait découvrir.
 
Tu traînes tes yeux et tes oreilles à tous les endroits qui t’éloignent de toi. Tu t’insurges et te révoltes de ce qui n’est pas devant tes yeux pour serrer tes paupières devant la tendresse et la violence qui te touchent de plein fouet jusqu’au fond de tes entrailles.
 
Ce qui te regarde c’est ce qui se produit en toi et autour de toi maintenant. Le reste n’existe pas. L’histoire n’existe pas. Le futur n’existe pas. Le monde n’est qu’une idée, une histoire, une illusion. Ce qui te concerne c’est ce que tu veux jouer maintenant en face de moi qui te parle. Maintenant rien d’autre n’existe que mes mots et le voyage dans lequel je t’emmène. Ce qui te concerne c’est ta vérité de maintenant.
 
Tu ne sais pas, tu ne comprends pas et il n’en a jamais été autrement. Est-ce que cette réalité t’a empêché d’être ? Est-ce qu’elle t’a empêché de jouir, de souffrir, d’embrasser, de mordre, de mourir et de naître ?
 
Tu n’as pas besoin de comprendre pour vivre. Lorsque tu prétends comprendre tu nous emmerdes. Nous savons que nous ne comprenons pas. Lorsque tu prétends comprendre tu nous fatigues à te mettre tantôt au-dessus, tantôt en-dessous de la mêlée. Cette mêlée d’humains odorants, transpirants, brûlants, difformes, glaçants, vivants, désirables et morts que nous sommes serait-elle trop diabolique ?
 
Tu nous fatigues. Nous t’aimons parce que nous t’aimons. Nous ne savons pas faire autrement. Respire, rien ne pourra changer cela. Nous savons t’aimer d’une infinité de manières. Délecte-toi de toutes ces danses, de toute cette sensualité. Mais n’y vois aucune cohérence ou stratégie. Nous saurons nous justifier dans un sens comme dans l’autre en fonction du sens du vent bien incapable de reconnaître que nous t’aimons sans raison.
 
Nous t’aimons à un point tel que nous serons les partenaires les plus fidèles des aventures auxquelles tu souhaites jouer. Par alternance nous seront tes victimes, tes amants, tes bourreaux, tes frères, tes parents, tes mentors, tes ennemis, tes amoureux, tes anges et tes démons.
 
Nous t’aimons à ce point. Au point de jouer aux jeux les plus complexes dans lesquels tu souhaites plonger.
 
Laisse vivre les Hommes. Laisse vivre le monde. Laisse mourir les Hommes. Laisse mourir le monde. Le monde choisit pour lui et ça ne te regarde pas. L’humanité choisit pour elle et ça ne te regarde pas.
 
Toi, choisis pour toi. En particule de l’humanité que tu es, tu ne sais pas altérer la qualité du choix de l’humanité. Tu ne sais être inspiré et porté que par des mots et des actes déjà choisis pas l’humanité. Profite du pantin parfaitement synchronisé que tu es. Profite de cette puissance qui coule dans tes veines. Profite de tes terreurs comme de tes merveilles. Elles te sont servies sur un plateau, administrées sur mesure pour ton plus grand bonheur et ton plus grand malheur.
 
Cette puissances qui alimente chacun des sillons de tes corps est la même qui fait brûler les étoiles. Cette puissance détruit et construit tout ce qui apparaît et disparaît dans ton univers. Tu n’es animé par rien de moins que la puissance qui fait exister l’univers fécond, mortifère, fini et infini que tu conçois et que tu ne peux comprendre.
 
Tu es cette perfection. Une telle perfection qu’elle sait se vivre imparfaite. Alors plonge, ronronne, rugis, embrasse, aime et déteste gratuitement. Rien ne change rien ici. Ta seule marge de manœuvre est de profiter ou non de ce que tu es, de ce qui t’anime maintenant. Mais ça ne change rien pour nous. Que tu prennes plaisir à être qui tu es ou non, nous les autres, nous nous en foutons royalement.
 
Ta réalité n’est que poésie. Ta réalité n’est que stimulation, attraction et répulsion. Ta réalité te demande de la modeler, de l’ordonner et de jouer avec ta création. Jamais tu ne comprends. Jamais tu n’aboutis. Jamais tu ne sauves. Jamais tu ne condamnes.
 
Je t’aime comme ça.
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3 Responses so far.

  1. MFK dit :

    Le monde est tel qu’il est…
    et je laisse venir l’émotion que cela suscite en moi,

    m’autorisant ainsi à ne pas avoir à le comprendre.

  2. lampahuile dit :

    j’aime beaucoup la photo

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