Silence

Silence avant le grand saut. Silence de la vie qui pousse. Silence d’un cri qui rit. 

L’effondrement d’un monde, une réalité s’évanouit, le point de non-retour franchi. Se taire, inspirer, reprendre son souffle, se mettre à l’abri, se demander pardon. 

Silence prévenant la tempête, malaise réclamant abdication, l’hiver préparant les saisons. 

Perdre, passer à côté, manquer l’immanquable, enrager.

Baisser les bras, se résigner, subir les foudres, l’humiliation, en perdre l’ouïe, disjoncter et vivre, respirer. Irradié du premier rayon de soleil, sourire à cette nouvelle chance et échouer. Se vivre condamné, raser les murs, baisser les yeux, demander l’aumône, se satisfaire du pire, demander les coups. 

Verser les larmes de son corps, percuter les barreaux de ses prisons, hurler aphone, perdre tout espoir et recommencer pour échouer.

Se tirer des balles dans le pied, résister à ses responsabilités et échouer. Mépriser l’humanité, se venger, défier dieu et ses cieux, défier le diable et ses feux, prétendre au bien, se vivre dangereux. 

Cracher sur ses dons, être reconnu pour ses mensonges, exceller en prestidigitation et croire ses propres illusions. User du profond, faire l’impasse du sensuel, s’espérer sachant et se raconter maître des révolutions. 

Recommencer avec les meilleures intentions, se perdre dans ses bas-fonds, poser son front à terre et prier pour son pardon. Ne pas être exaucé, hurler à l’injustice, se faire mater comme une bête, traité comme un rien par celui qui aime tout. Demander à comprendre et s’effondrer. 

Recommencer, avancer à tâtons et échouer. Singer la sagesse, fuir la folie, se vendre bienveillant. 

Recommencer, recommencer, recommencer. Échouer encore et encore, se prendre les pieds dans le tapis, taper les bordures, prendre les portes, recevoir les non, mettre du cœur à l’ouvrage, vivre l’arrivisme et tomber de plus haut. 

S’éveiller maître de l’échec, pratiquer l’art sublimé de s’écrouler, l’art sublimé de se relever. 

Etre exaucé. Rabattre son caquet, entendre crépiter l’éclosion de ses souhaits. S’éveiller parfait, ne plus vouloir se relever, soigner ses mots, écouter et s’évaporer. 

Ouvrir les yeux sur ce qui était et pleurer. Ouvrir les yeux sur ce qui est et chanter. Ouvrir les yeux sur ce qui brûle et aimer. 

Entendre les mots de papa. Pleurer l’amour de maman. Caresser l’insolence, anoblir la violence, honorer son héritage, soigner son jardin. 

Découvrir du monde un compagnon, découvrir de son corps un sanctuaire, révéler de son cœur une raison, vivre de son sexe une passion, brûler d’honneur d’être humain. 

Aller à ses facilités, aimer. Rencontrer, se découvrir, être terrifié, prétendre et triompher. Enseigner l’arrogance, répandre l’honneur, anoblir la peur. 

Jalouser, se rabaisser, esquisser le narquois et rire de soi. Terrasser l’ennemi en l’embrassant comme jamais. 

Danser blotti contre le temps. Recueillir ce qui transpire maintenant. Accueillir, perdre la raison, ne plus trier, reconnaître la bénédiction, s’adouber, tomber et s’élever. 

Éveiller les possibles, embraser les lueurs et baiser la laideur. Ralentir, vibrer les respirations du monde, être stupéfait de vivre dieu et reculer. Vivre le vertige, jouir de l’impuissance, courir rassurer le gamin qu’on était et trépigner d’honneur d’être ce que l’on est. 

Regarder le monde s’agiter, le laisser nous amuser, vivre le plaisir de médire, retrouver le droit d’ignorer. Se recroqueviller et s’assoupir. 

Aimer détester, aimer oublier, aimer transgresser, aimer enfanter puis accoucher. 

Aimer enfanter puis accoucher. 

Aimer enfanter puis accoucher. 

Le silence entre les notes. Le blanc entre les mots. L’absence entre les présences. Le vide entre les pleins. La colère entre les douceurs. La fougue entre les frayeurs. L’envie entre les nausées. Le spleen entre les transes. Tes crocs entre mes lèvres. Mes griffes entre ta peau. Tes mots dans mes entrailles. Ma main sur ta poitrine. Nos cœurs entre deux gouffres.


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