Te promettre ce qui t’excite pour t’offrir ce qui te nourrit me fatigue. Je vois beaucoup de promesses. J’entends beaucoup de mensonges. J’ai la flemme de te balader.
 
Lorsque tu prends conscience du besoin d’être aidé, en toi s’ouvre une porte. Tu ressens un vide. Devant cette incomplétude manifeste qui te saute au visage, tu demandes à ce que l’on remplisse ce vide définitivement. Tu demandes au plus offrant de te vendre la technique qui t’offrira de ne plus jamais vivre ce vide. Tu demandes à être capable de te remplir toi-même, tu demandes l’indépendance, l’autonomie, l’émancipation et la liberté.
 
Alors, le développement personnel devient ta nouvelle torture. Le travail sur soi devient ton nouveau labeur. Un nouvel enfer vient d’ouvrir ses portes !
 
Comment te dire que je ne ferai pas de toi quelqu’un de meilleur. Comment te dire que ressentir ce vide est la manifestation d’un nouveau pouvoir maintenant disponible. Comment te dire que mon travail ne vise pas à travailler sur toi mais à réveiller en toi la vérité selon laquelle tu as déjà gagné.
 
Pour te mener en ce lieu il me faut t’écouter, il me faut danser avec toi. Mon travail est celui de faire danser ton incomplétude, t’offrir de réaliser que tout ce dont tu souhaites te séparer est ce dont tu as le plus besoin.
 
Vois-tu que si je communique sur mon activité sous cet angle, on pourrait se retrouver avec des slogans cocasses:
 
  • Ta richesse germe à la manière dont tu jouis de ta pauvreté.
  • L’amour de tes rêves se trouve être toi, alors commence par concrètement faire l’amour avec toi.
  • La puissance extraordinaire à laquelle tu fantasmes se construit sur la réalité d’une impuissance qui te tétanise.
  • Tu veux vivre amour, gloire, et beauté ? Il va falloir reconnaître que depuis le début c’est bel et bien ce que tu vis !
 
On a fait plus sexy, plus vendeur, plus racoleur !
 
Alors parfois paniqué, je suis tenté de t’aguicher. J’ai si peur de passer à côté de toi. Je me dis que je devrais peut-être te promettre une richesse à millions, te promettre l’apparition de l’être aimé en 24h et te vendre une protection contre la maladie et ce pour des millénaires.
 
La réalité de mon quotidien est bien celle de cette richesse à millions, l’amour dont je me délecte aujourd’hui est plus monstrueux et plus délicieux que mes fantasmes les plus exotiques et ma vitalité puise son énergie à une source qui me garantit la vie éternelle.
 
Pour jouir de cette richesse il me faut accepter que d’une seconde à l’autre elle puisse disparaître. Il me faut me nourrir de ce qu’au-delà de cette manifestation je souhaite encore plus.
 
Pour entrer en ce lieu il me faut me déshabiller de toutes les techniques, de tous mes espoirs, de toutes mes peurs, de mon orgueil, de ma prétention, de mes dénis, de ma condescendance, de mon amnésie, de mon plaisir d’être mon martyr, de la morale de mes pères, des menaces de mes mères, des espoirs du petit garçon.
 
Pour vivre en ce lieu il me faut vivre nu, grelotter aux vents froids du nord et suer aux soleils brûlant du sud.
J’ai suffoqué en sanglots sous la terreur d’un cri qui perce jusqu’au fin fond de l’univers, j’ai ri aux éclats à la candeur d’une petite fille pétrie de toutes les sagesses des mondes, je pleure de joie dans les yeux d’une femme amoureuse d’un Romain qu’elle connaîtra toujours mieux que moi.
 
Pour vivre en ce lieu il me faut me souvenir et reconnaître que personne d’autre que moi ne m’interdit l’accès à mon paradis. Il me faut accepter et vivre le pire, accepter et vivre le meilleur.
 
Pour vivre en ce lieu il me faut à chaque instant accepter de mourir puis de renaître. Il me faut être à plusieurs endroits en même temps, dans plusieurs mondes parallèles comme cajolé perpétuellement par anges et démons. Il me faut offrir attention, délicatesse et tendresse à chacun. Il me faut me souvenir qu’ils sont mes enfants, que je les aime comme le père et la mère que je suis.
 
Pour vivre en ce lieu il me faut me reconnaître esclave consentant, proie volontaire, m’abandonner à être ce pantin désarticulé jouet d’une conscience qui me dépasse. Il me faut trouver mes aises en enfer, pleurer mes dons au paradis.
 
Pour vivre en ce lieu il me faut oublier le temps. Ne plus croire au temps qui passe, ne plus croire au futur qui arrive et honorer un présent si dense et intense, si jouissif et chamboulant qu’il me faut prendre soin de ma tête, prendre le temps avec elle de reconnaître que tenter d’appréhender la totalité de ce que contient le présent est un passeport pour une décompensation psychiatrique inintéressante.
 
Pour vivre en ce lieu il me faut accepter de passer à côté de toi. Accepter de ne pas te voir, de ne pas te sentir, de ne pas te reconnaître, de t’avoir perdu pour toujours.
 
Pour vivre en ce lieu il me faut me souvenir que j’ai le droit à l’ignorance, à l’idiotie, à la médiocrité, à la mesquinerie, à la jalousie, à la rancœur, à la malveillance et à la violence.
 
Pour vivre en ce lieu il me faut me souvenir que tu es comme moi. Il me faut donner autant d’importance à ce que sait mon cœur qu’à ce que voient mes yeux; il me faut marcher dans le vide, vivre sans jamais savoir qui je suis, tomber sans plus avoir besoin de me relever.
 
Si ces « il me faut » peuvent raisonner comme un labeur ils ne le sont pourtant pas. Cette aventure a produit ces transcendances parce que je lui ai demandé de m’amuser. Cette aventure m’a dévêtu sans que je le souhaite, sans que je lui demande. Moi je n’ai fait que suivre ce qui me fascine, ce qui m’inspire, ce qui me passionne. Je n’ai fait que prendre plaisir. Le reste s’est produit tout seul.
 
Comment te dire que tu n’as pas besoin de moi et que c’est ce qui me rend précieux. Comment te dire que mon travail est de te montrer comme tu sais vivre tes abysses. Comment te dire que le tonnerre est magnifique. Comment te dire que je ne suis pas ton ami, que je suis la marche d’un escalier qui te mène bien au-delà de moi. Comment te dire que l’amour est partout.
 
Mon art est celui de ressentir la couleur, la sonorité, la justesse et la beauté des dons qui sont maintenant à ta disposition. Je stimule ce qui demande à naître. Je jette ce qui est mort. Je prépare ce qui arrive.
 
Mon art est celui de recoller les morceaux, de refaire les jointures, de consolider les fondations, d’encourager ce que nous sommes à soigner et jouir de nos gains.
 
Mon approche rend obsolète le passé et certain le futur. Elle t’enseigne le présent. Le seul endroit que tu n’aies jamais connu. Le seul endroit qui n’ait jamais été.
 
En ce lieu les nœuds de ton passé se délient, les fruits de ton futur se nourrissent. En ce lieu les possibles se percutent, les choix te sont offerts, ton plaisir est souverain. En ce lieu facilité et rentabilité vont de pair.
 
A travers la pratique d’un art qui a pour essence de m’offrir présence et jouissance, je t’enseigne à aimer ce que tu es. Je t’enseigne à te souvenir, je m’enseigne à te reconnaître, je nous offre un voyage dont on revient autre.
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One Response so far.

  1. Sanae dit :

    Bonjour,

    J’aime ce que vous écrivez, je souhaiterais vous suivre

    Merci a vous

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