Oui, oui, oui je suis Belzébuth…
Le mouton noir, le bouc émissaire, le pleureur…

On fait quoi quand on a vu qu’on était celui qui fout la merde, celui qui ne se laisse pas emporter par toutes les légèretés, celui qui amène mort, lourdeur, gravité et sacré, là où tous voudraient ne voir qu’abandon et amnésie.

Lorsque cette énergie prend place, elle vient nourrir un équilibre que notre morale ne comprend pas toujours. Il y a rire et rire. Il y a rire de peur et rire de pleur. Le mouton noir balaye sous le tapis, le bouc émissaire lève la merde que nous ne voulons pas regarder, le pleureur brise l’amour feint et révèle l’amour fragile. Le mouton noir ne le sait, ne le sent pas toujours, le bouc émissaire est seul à pouvoir honorer la réalité de cette colère qui hurle et brise alors que l’assemblée semble rire et jouir. Pourtant le pleureur est bien là. Pourtant la colère s’est bien invitée à la fête, pourtant le lien qui jaillit de ses dégâts fait respirer tout et offre à tous d’ajouter la solennité et le sacré que l’ivresse d’une joie convenue avait tenté de faire oublier.

Je suis ce mouton noir, je suis ce messager de mauvais augure, je suis cet orage, ce tonnerre, je suis la mort qui te chuchote à l’oreille que toutes tes stratégies sont mignonnes mais inoffensives.

Je suis ce diable qui divise et te contraint à te positionner et te respecter, je suis cette vie qui t’offre de reconnaître que tu es souverain de ta mort. Je suis cette ombre qui t’offre d’honorer ta lumière, je suis cet ami qui ne te répondra pas tant qu’il n’en aura pas envie, je suis cet amant qui ne te touchera pas si ça ne l’inspire pas, je suis cette famille qui ne te portera pas, je suis cet amour qui ne marchera pas à ta place.

Je prends le temps de le digérer parce que cette mort omniprésente lève une vie extraordinairement puissante en mes veines et qu’à chaque expédition aux enfers je traîne des pieds croyant qu’enfin j’avais réussi à ne plus rien avoir à faire en ces lieux.

C’est faux, c’est mon royaume, c’est chez moi. Les flammes sont miennes, le feu est mien, et c’est bien ce qui t’attire, c’est bien ce qui t’excite, le droit de brûler où et quand il te plait, le droit de brûler tout ce qui te plait.

Tu veux construire à tout prix ce château qui te protégerait de ta vie. Alors je détruirai à tout prix ce château qui te ferait devenir insensible à ta vie.

Je t’aime et cela continue de faire de moi celui qui sera ange et démon au gré de son inconséquence, au gré d’une magie qu’il ne comprend qu’après l’avoir incarnée (moi aussi je veux profiter du spectacle) !
❤️

Crédit Photo Audrey Sinet

Categories: Textes

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