Elle est belle, elle est puissante, elle est grisante l’énergie que la synergie de la toile du réseau humain est capable d’invoquer. Mais elle est très semblable au fil sur lequel le couple danse entre cercles vicieux et vertueux.

En pratique, la synergie de réseau décuple la puissance comme la réalité viscérale de notre rapport aux autres. Dans un couple tu peux te vendre que l’autre se trompe, qu’il lui manque quelque chose pour te comprendre et te reconnaître. Dans un réseau tu te retrouves avec plusieurs humains qui t’aiment et te détestent, qui t’admirent et te méprisent, qui veulent ta place et ont peur de perdre la leur, qui se sentent plus et moins fort en ta présence et peuvent te croire nécessaire à leur vie ou se croire capables de t’écraser (…). Alors, lorsque trop de miroirs te renvoient les mêmes résonances, il devient de plus en plus compliqué de plaider l’insuffisance ou l’incompréhension des autres, il devient de plus en plus compliqué de résister à autant de démons. Ton salut n’a alors plus d’autre voie que celle de ta souveraineté intérieure, celle de ton respect de toi dans des mesures qui jusque-là étaient inconnues. Une reconfiguration nouvelle, un apprentissage nouveau, une mue qui donne le sentiment de ne plus savoir être, l’impression de devoir tout réapprendre, un impératif de présence, de sur-mesure et d’invention dans l’instant.

Dans une synergie de groupe comme dans un couple, la puissance perçue de l’amour qui pulse tente le dépendant affectif de vouloir protéger et entretenir le mouvement. Et là c’est carnage, surenchère, décalage, souffrance, impuissance et lourde fatigue que de se rendre responsable d’un mouvement qui ne dépend pas de soi et n’en dépendra jamais. Alors je vois que je ne veux pas jouir de ce que je vis, je veux fortifier et protéger ce qui est apparu par magie et disparaîtra de la même manière. J’oublie de surfer l’intensité d’un tempo qui me berce pour me lever devant l’océan et tenter de l’ordonner… T’imagines la gueule amusée mais implacable de l’océan devant mon orgueil ?!

Le système de réseau est une créature qui apparaît d’un amalgame spontané d’humains souhaitant marcher un temps dans une direction. C’est une armée animée d’un désir commun qui émerge à partir de rien ! Cette machine alors en mouvement va vivre sa propre vie, se nourrir de ceux qui lui servent et rejeter ceux qui ne lui sont plus utiles. Cette bête à l’image des règnes minéral, végétal et animal n’a pas d’autre morale que son désir. Alors notre tendance à vouloir nous porter et nous protéger les uns les autres devient un obstacle, une source de souffrance profonde si on ne lui reconnaît pas son anachronisme à l’échelle globale et son non-sens à l’échelle individuelle (évidement que sortir d’un groupe n’est pas une mise à mort mais un mouvement naturel que le vivant qui nous entoure nous enseigne à toutes les échelles).

La lame de fond de mon travail en individuel comme en groupe renvoie à activer en nous cette ressource maintenant disponible. Il est maintenant possible pour nous de voguer de réseau en réseau pour puiser ce qui nous amuse, ce qui nous nourrit en tant qu’individu tout en sentant le moment d’entrer comme de sortir de chaque danse. Nous n’avons pas à nous assurer de notre utilité dans chaque réseau, notre présence dans le réseau justifie en soi notre utilité que nous la cernions ou non. Notre job est de profiter des guerres et des paix vécues dans le réseau pour nous nourrir et continuer notre route vers les désirs de demain.

Nous sommes des astres en mouvement dans cet univers. Nous voguons de systèmes solaires en galaxies. A chaque nouveau système visité nous sommes influencés par les attractions et répulsions des astres en présence qui vont alimenter notre énergie et influencer notre inertie pour finir par nous éjecter vers de nouveaux voyages, de nouvelles étoiles, de nouvelles galaxies. Le voyage est intersidéral, l’expérience est intime, la sécurité est intérieure, le désir est moteur.

Crédit Photo Audrey Sinet

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